Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

08 septembre 2006

COMICE AGRICOLE

Nous avions rendez-vous vers la caserne des pompiers. Nous : le groupe d’histoire au grand complet de 33 à 93 ans. Une sacrée escouade !
Le char avait été préparé trois après-midi de la semaine à la ferme. Une ferme ancienne et nouvelle dans un quartier que je découvrais. Bâtiments superbes, allure de château. L’alliance du pisé et de la pierre plus l’inévitable hangar métallique moderne fonctionnel. Je suis allée jusqu’aux greniers par l’échelle qui ne me fait plus peur maintenant que je suis grande. J’ai eu mon saoul de vieilles planches, vieilles machines, ferrailles, ombrelles, casque de 14, cahiers et livres : poussière et faste du passé. Nous y retournons ce samedi pour tourner l’orgue de Barbarie.

Mais nous voilà en plein soleil attendant que le cortège se forme. Notre numéro d’ordre est le Vingt et un. Il y a 32 chars : tout le monde des sociétés locales est là, dans une ambiance hétéroclite sans concessions ni complexes, du Don du sang aux Chasseurs, des personnages géants qui se déplacent sur roulettes aux petits poussins emplumés de carnaval. Représentations fantasmatiques de l’Afrique, des marais, … en carton, fil de fer et fleurs en papier. Surtout des fleurs. Notre char se signale par le bleu blanc rouge patriotique. Un Dimanche à la Campagne en 1900. Tout le monde joue au soleil, comme dans la cour de récréation. Les déguisements permettent les audaces. Dan en petite fille à costume marin a des ardeurs juvéniles qui propulse son cerceau dans la foule. Les cyclistes ont fabriqué des vélos d’apparat et de rigolade, les collectionneurs sorti les voitures rutilantes et astiquées. Une belle rouge tombera en panne au milieu de la progression. Car finalement et presque à l’heure dite on s’est mis en route. Aussitôt me vient une chanson que j’égrène le long du parcours, plutôt dans les descentes et dans les plats que dans les montées, et que j’inscris subrepticement sur une mini page de carnet . A l’arrivée au Champ de Mars j’en suis déjà à six ou sept couplets. Ce n’est pas très raisonnable et vraisemblable pour une paysanne (la Pélagie) qui devrait surveiller son panier et mettre avec plus d’application un pied devant l’autre pour tenir ses mollets en bon état et les reposer un peu à chaque halte. Car l’avancée du long cortège par les rues est imprévisible. Parfois on avance à pas lents, très lents, quasi du sur-place, parfois des ordres de se rejoindre tombent et c’est le petit trot … De longues stations pas forcément où il y a le plus de spectateurs …
Car nous ne sommes pas seuls à nous baguenauder en musique : le ban et l’arrière ban du char à banc cantonal. Et comme je les aime mes concitoyens qui applaudissent ! Comme je reconnais leurs trognes rouges, leurs élégances du dimanche, leurs pliants posés pour reposer leurs vieilles jambes. Ils sont des miens, je suis des leurs ! Nous nous donnons la représentation de notre bonheur d’être là, vivants, sur ces terres si belles auxquelles nous sommes attachés par tant de coups de bêche et de pioche. Passons sur le fait que les agriculteurs aujourd’hui ne sont plus qu’une poignée parmi nous, la plupart âgés. Passons sur les problèmes de l’heure d’une agriculture qui ne dévorerait plus les talus, les fossés, le sol lui-même à coups de chimie et qui produit, qui produit tant et tant qu’elle en est malade d’indigestion … N’en parlons pas ce n’est pas le moment. Continuons la chanson du Comice agricole. Mais où est-elle cette chanson ? Elle a disparu du panier. Oh c’est trop bête ! Elle était géniale, marrante, partageable aisément et la voilà qui a « joué à Rip » Je referai tout le trajet, avec mes bottines et mes petits pieds souffrants pour la retrouver. En vain. Curieux acte manqué. Ne joue pas ma belle au témoin de l’événement. Tu es en plein dedans. Tu sue des mêmes soifs que les copains. Ne crois pas t’en tirer indemne de participation effective sans réserve.
La rue vidée de monde laisse flotter ça et là quelques papiers. Je les vérifie tous. De la pub, de la pub, encore de la pub. Au Comice Agricole on n’oublie pas les lois de la communication commerciale. Plus de flons-flons. Des rues désertes. Rien qu’une vieille qui arpente la chaussée et qui se souvient, vaguement, qu’en 1956, elle en faisait autant en jolie robe rose, à côté du char de son village … Il faudrait qu’elle retrouve la photo, Sa photo, Bof ! A quoi bon ! Les photos, les chansons, les jeunes filles c’est fait pour passer, défiler, s’envoler et se perdre.

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